Régénération des sols, amélioration des rendements, arrêt des engrais : la révolution douce de l’agriculture régénérative
Quand on parle d’agriculture bio, on pense automatiquement qualité, respect de l’environnement, absence de pesticides. Et c’est vrai. Mais il existe une approche qui va encore plus loin, qui ne se contente pas d’arrêter les produits chimiques : elle régénère activement les sols, améliore leurs performances année après année, et finit par éliminer le besoin d’engrais.
Cette approche, c’est la culture sur sol vivant. Et elle change tout.
Chez L’Or des Chanvriers, on cultive nos fleurs de chanvre selon ces principes depuis nos débuts. Pas seulement parce que c’est mieux pour l’environnement (même si ça l’est), mais parce que ça produit des plantes plus riches, plus résilientes, plus concentrées en principes actifs. Un sol vivant, ce n’est pas juste du marketing : c’est une différence que vous pouvez sentir dans nos fleurs.
Dans cet article, on vous explique simplement ce qu’est vraiment un sol vivant, pourquoi c’est différent du bio classique, et comment ça transforme complètement l’agriculture.
Le bio, c’est bien. Mais ce n’est qu’un début.
Ce que garantit le label bio
Le cahier des charges de l’agriculture biologique, c’est déjà un grand pas :
- Interdiction des pesticides de synthèse – Pas de glyphosate, pas d’insecticides chimiques
- Interdiction des engrais chimiques – Pas de NPK de synthèse
- Interdiction des OGM – Pas de plantes génétiquement modifiées
- Contrôles réguliers – Des organismes certificateurs vérifient le respect des règles
C’est important. Nécessaire même. Mais le label bio ne dit rien sur la façon dont le sol est travaillé. Et c’est là que tout se joue.
Ce que le bio autorise encore
Un producteur bio peut parfaitement :
- Labourer profondément son sol plusieurs fois par an
- Laisser le sol nu entre deux cultures
- Utiliser des engrais organiques (fumier, compost) en quantité massive
- Travailler le sol mécaniquement de façon intensive
- Détruire la structure du sol à chaque passage de charrue
Résultat ? Un sol certifié bio peut être complètement mort. Sans vie microbienne, sans structure, dépendant d’apports constants d’engrais même organiques, s’érodant, se compactant, perdant sa fertilité année après année.
Le bio, c’est l’absence de chimie. Le sol vivant, c’est la présence de vie.
Sol vivant : imiter la forêt, pas le champ
La leçon de la forêt
Regardez une forêt. Personne ne la fertilise. Personne ne la laboure. Personne n’y apporte de compost. Et pourtant, les arbres y poussent magnifiquement, depuis des siècles, dans une terre noire, riche, grumeleuse, qui sent bon la vie.
Comment c’est possible ?
Le sol forestier se nourrit lui-même. Les feuilles tombent, les branches se décomposent, les champignons et les bactéries transforment tout ça en humus. Les vers de terre travaillent la terre. Les racines aèrent le sol. C’est un cycle qui se renouvelle en permanence, sans intervention humaine.
C’est exactement ce que cherche à reproduire la culture sur sol vivant : un système autonome, fertile, qui se régénère lui-même.
Les principes fondamentaux du sol vivant
François Mulet, pionnier du maraîchage sur sol vivant (MSV) en France et cofondateur de Ver de Terre Production, a théorisé ces principes à partir de 2012 avec son père Daniel. Leur travail a donné naissance à un réseau de centaines de fermes qui partagent leurs expériences et leurs résultats.
Les principes, c’est simple :
1. Ne jamais travailler le sol
Fini le labour. Fini le passage de la grelinette. On ne retourne pas le sol. On ne le bouleverse pas. Pourquoi ?
Parce que le sol, c’est un millefeuille vertical. En surface, les bactéries aérobies qui ont besoin d’oxygène. Plus profond, les champignons mycorhiziens qui vivent en symbiose avec les racines. Encore plus bas, d’autres micro-organismes anaérobies. Chacun à sa place, chacun son rôle.
Quand vous labourez, vous détruisez tout ça. Vous remontez en surface les micro-organismes anaérobies qui vont mourir au contact de l’air. Vous enfouissez les organismes aérobies qui vont étouffer. Vous cassez les réseaux mycéliens qui mettent des années à se construire.
C’est comme démolir une maison à chaque fois que vous voulez y changer un meuble.
2. Couvrir le sol en permanence
Dans la nature, le sol nu n’existe pas. Il y a toujours quelque chose : des feuilles mortes, de l’herbe, des branches. Toujours une couverture protectrice.
Pourquoi ? Parce qu’un sol nu, c’est un sol qui meurt :
- Le soleil le dessèche et tue la vie microbienne en surface
- La pluie le compacte et l’érode
- Le vent emporte les particules fines
- Les variations de température sont brutales
Un sol couvert, c’est :
- Une température stable qui favorise la vie
- Une humidité qui se maintient
- Une protection contre l’érosion
- De la nourriture qui se décompose progressivement
3. Nourrir le sol, pas la plante
En agriculture conventionnelle ou même bio classique, on nourrit directement les plantes avec des engrais (organiques ou pas). La plante absorbe les nutriments disponibles immédiatement.
En sol vivant, on nourrit les micro-organismes du sol. Et ce sont eux qui nourrissent les plantes, selon leurs besoins, au moment où elles en ont besoin.
C’est beaucoup plus intelligent. Beaucoup plus stable. Beaucoup plus durable.
4. Apporter de la matière organique en surface
Le principe, c’est d’apporter régulièrement de la matière organique carbonée (du bois broyé, des feuilles, de la paille, des résidus de culture…) directement en surface. Pas enfoui. En surface.
Les micro-organismes du sol vont progressivement décomposer tout ça et le transformer en humus stable. Ce processus peut prendre des mois, voire des années pour le bois, mais il crée une fertilité durable.
Comprendre la vie du sol : des milliards de travailleurs invisibles
Un sol vivant, c’est quoi exactement ?
Un sol vraiment vivant, c’est une densité de vie ahurissante. Dans une seule cuillère à café de sol forestier sain, il y a :
- Plus d’organismes vivants que d’humains sur Terre – Plusieurs milliards
- Des bactéries par milliards – Elles décomposent la matière organique
- Des champignons par millions – Ils créent des réseaux souterrains qui connectent les plantes
- Des protozoaires – Ils mangent les bactéries et libèrent de l’azote pour les plantes
- Des nématodes – Certains mangent les racines mortes, d’autres régulent les populations
- Des vers de terre – Les ingénieurs du sol qui créent des galeries et brassent la matière
Tous ces organismes vivent en équilibre. Ils forment ce qu’on appelle le réseau trophique du sol : une chaîne alimentaire complexe où chacun nourrit l’autre.
Les champignons : les stars du sol vivant
Les champignons mycorhiziens, c’est la clé d’un sol vraiment fertile. Ces champignons vivent en symbiose avec les racines des plantes. Ils forment un réseau d’hyphe (des filaments ultra-fins) qui s’étendent sur des mètres dans le sol.
Ce réseau fait trois choses extraordinaires :
Il agrandit la zone d’exploration – Les racines d’une plante explorent un volume limité. Les champignons mycorhiziens étendent cette zone d’exploration de façon exponentielle. La plante peut chercher de l’eau et des nutriments beaucoup plus loin.
Il protège la plante – Les champignons produisent des antibiotiques naturels qui repoussent les pathogènes. Une plante mycorhizée est une plante plus résistante aux maladies.
Il nourrit la plante – En échange de sucres que la plante produit par photosynthèse, les champignons apportent de l’eau, de l’azote, du phosphore, des oligo-éléments. C’est un échange gagnant-gagnant.
Et vous savez quoi ? Le labour détruit ce réseau mycélien. Il faut des années pour qu’il se reconstitue.
Les vers de terre : les ouvriers infatigables
Les vers de terre, c’est l’indicateur numéro un d’un sol en bonne santé. Dans un sol vivant bien géré, on peut avoir jusqu’à 400 à 500 vers de terre par mètre carré. Dans un sol labouré classique ? Souvent moins de 50.
Les vers de terre font un travail colossal :
- Ils aèrent le sol en creusant des galeries
- Ils brassent la matière organique en la mélangeant au sol minéral
- Ils créent des agrégats stables – Leurs déjections sont un ciment naturel qui structure le sol
- Ils drainent le sol – Leurs galeries permettent à l’eau de s’infiltrer en profondeur
Un sol avec beaucoup de vers de terre, c’est un sol qui absorbe l’eau rapidement (pas d’inondation), qui la retient en profondeur (résistance à la sécheresse), et qui reste meuble sans travail mécanique.
Le BRF : la technique qui change tout
Qu’est-ce que le Bois Raméal Fragmenté ?
Le BRF (Bois Raméal Fragmenté), c’est des branches d’arbres jeunes (moins de 7 cm de diamètre) broyées en petits copeaux. Cette technique a été développée dans les années 1970 au Canada par le chercheur Gilles Lemieux.
L’idée ? Reproduire ce qui se passe naturellement en forêt quand les branches tombent et se décomposent.
Pourquoi le bois jeune ?
Les jeunes branches contiennent une lignine encore « tendre », facile à dégrader pour les champignons. Elles sont aussi riches en nutriments (azote, phosphore, calcium, potassium) concentrés dans le cambium, cette fine couche vivante sous l’écorce.
Le bois de tronc, trop vieux, se décompose beaucoup trop lentement et immobilise trop d’azote.
Ce que fait le BRF dans le sol
Quand vous épandez du BRF en surface, plusieurs choses se passent :
Explosion de la vie fongique – Les champignons basidiomycètes adorent le bois. Ils se développent massivement et créent des réseaux mycéliens très denses.
Production d’humus stable – En 10 ans, le BRF peut augmenter le taux d’humus de 1%. Pour comparaison, il faudrait 50 ans avec du compost et 80 ans avec du fumier pour le même résultat.
Structuration du sol – Les champignons produisent de la glomaline, une protéine qui agglomère les particules du sol et crée une structure stable, grumeuse, aérée.
Rétention d’eau – Un sol riche en humus peut retenir jusqu’à 20 fois son poids en eau. Résultat : résistance à la sécheresse, irrigation réduite ou supprimée.
Libération progressive de nutriments – Le BRF ne libère pas tout d’un coup comme un engrais. Il se décompose sur plusieurs mois/années et libère progressivement des nutriments selon les besoins.
La fameuse « faim d’azote »
Il y a un piège avec le BRF : les premières semaines/mois après l’apport, les micro-organismes qui le décomposent consomment beaucoup d’azote. Résultat : l’azote disponible pour les plantes diminue temporairement.
C’est ce qu’on appelle la « faim d’azote ». Les feuilles des plantes peuvent jaunir.
Solutions simples :
- Appliquer le BRF à l’automne (il a le temps de se pré-décomposer avant les cultures de printemps)
- Ajouter un peu de compost mûr ou de fumier la première année
- Semer des engrais verts (légumineuses) qui fixent l’azote de l’air
Après la première année, le problème disparaît. Le sol s’enrichit progressivement et devient de plus en plus fertile.
En pratique : comment on cultive sur sol vivant
Sur notre ferme
Chez L’Or des Chanvriers, voilà comment on travaille :
Nos planches de culture sont permanentes – On ne les travaille jamais. Elles sont en place pour des années. On marche toujours aux mêmes endroits (les allées) et on ne compacte jamais les zones de culture.
On apporte du compost en surface – Chaque année, on étale une fine couche de compost mûr (3-5 cm) directement en surface. Pas enfoui. Les vers de terre s’en chargent.
On utilise du broyat végétal – Les résidus de taille de nos arbres, arbustes, haies… tout est broyé et étalé soit dans les allées, soit sur les planches entre les cultures.
On utilise le fumier de nos poules – Nos poules fournissent un fumier riche qu’on composte ou qu’on laisse se décomposer sur place selon les zones.
On couvre le sol – Paillage végétal, engrais verts, cultures intercalaires… le sol n’est jamais nu.
On laisse les troncs des plantes de chanvre – Après la récolte, on coupe les plantes mais on laisse le tronc et les racines se décomposer dans le sol. Ils nourrissent la vie microbienne.
Les résultats qu’on observe
Année après année, notre sol s’améliore :
Le sol devient de plus en plus noir – C’est l’humus qui s’accumule. Un sol riche en matière organique est naturellement foncé.
Il sent bon – Un sol vivant a une odeur de sous-bois, d’humus frais. C’est l’odeur de la vie.
Il est léger et grumeleux – On peut y enfoncer la main facilement. Il se structure tout seul.
On voit des vers de terre partout – Dès qu’on soulève un peu de paille, des dizaines de vers.
Les plantes sont plus vigoureuses – Les tiges sont plus épaisses, les feuilles plus vertes, la floraison plus abondante.
Les taux de terpènes explosent – Un sol riche et équilibré produit des plantes plus aromatiques. C’est mesurable en laboratoire et évident à l’odorat.
On n’a presque pas besoin d’arroser – Même en plein été catalan, le sol garde son humidité en profondeur.
Les maladies sont rares – Les plantes bien nourries par un sol équilibré sont naturellement plus résistantes.
Les bénéfices du sol vivant : chiffres et réalités
Amélioration des rendements
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le sol vivant n’est pas moins productif que l’agriculture conventionnelle. Souvent, c’est l’inverse.
Des études poussées on notés des augmentations de rendements de 20 à 50% selon les cultures, une fois le sol bien reconstruit (ça prend généralement 2-3 ans).
Pourquoi ? Parce que les plantes sont mieux nourries, mieux protégées, mieux enracinées. Elles expriment pleinement leur potentiel génétique.
Réduction drastique des intrants
Après quelques années en sol vivant :
- Engrais : quasi-supprimés – Le sol se nourrit lui-même
- Irrigation : réduite de 30 à 70% – Le sol retient beaucoup mieux l’eau
- Traitements : réduits – Les plantes sont plus résistantes
- Travail du sol : zéro – Plus de labour, plus de passage de tracteur
Résultat : réduction importante des coûts de production et amélioration de la rentabilité à moyen terme.
Régénération des sols dégradés
Le sol vivant peut régénérer des terres complètement mortes. Des sols érodés, compactés, appauvris par des décennies d’agriculture intensive peuvent redevenir fertiles en quelques années avec ces techniques.
Des exemples partout dans le monde : au Sénégal, des sols désertifiés sont redevenus cultivables avec du BRF. En France, des terres maraîchères épuisées ont retrouvé leur fertilité.
Séquestration de carbone
Un sol vivant riche en humus stocke énormément de carbone. C’est un puits de carbone extraordinairement efficace.
Selon les études, un hectare de sol géré en agriculture régénérative peut séquestrer plusieurs tonnes de CO2 par an.
Pourquoi tous les producteurs ne cultivent pas comme ça ?
Les freins
Ça demande un changement de mentalité – Il faut accepter de lâcher prise, de faire confiance au vivant, de ne pas tout contrôler.
Ça prend du temps – Les premiers bénéfices visibles arrivent après 1-2 ans. La pleine fertilité après 3-5 ans. Il faut être patient.
Ça demande de l’observation – On ne peut pas appliquer une recette toute faite. Il faut observer son sol, ses plantes, adapter ses pratiques.
Il y a peu de formations – Les écoles agricoles enseignent encore majoritairement le labour et les intrants. Le sol vivant, c’est souvent de l’auto-formation.
Ça fait peur – « Si je ne laboure pas, les mauvaises herbes vont envahir », « si je n’apporte pas d’engrais, mes plantes vont souffrir »… Il faut dépasser ces peurs.
Le mouvement s’accélère
Mais les choses bougent, des agriculteurs témoignent, partagent leurs résultats, leurs erreurs, leurs réussites.
De plus en plus de jeunes agriculteurs démarrent directement en sol vivant. De plus en plus d’agriculteurs conventionnels ou bio font la transition.
Pourquoi ? Parce que les résultats sont là. Parce que les sols se régénèrent. Parce que la rentabilité s’améliore. Parce que le travail devient plus léger. Parce que les plantes sont plus belles.
Et parce que c’est juste, tout simplement.
En conclusion : l’agriculture de demain est déjà là
Le bio, c’était la première révolution : arrêter d’empoisonner les sols et les aliments. C’était indispensable.
Le sol vivant, c’est la deuxième révolution : régénérer activement les sols, reconstruire la fertilité, créer des systèmes agricoles autonomes et durables.
Ce n’est pas juste une méthode de culture. C’est une vision différente de l’agriculture. Une agriculture qui travaille avec le vivant, pas contre lui. Une agriculture qui construit au lieu de détruire. Une agriculture qui devient plus fertile année après année au lieu de s’épuiser.
Chez L’Or des Chanvriers, c’est ce choix qu’on a fait depuis le début. Parce qu’on croit que la qualité vient du sol. Que des plantes épanouies dans une terre vivante donnent des fleurs plus riches, plus aromatiques, plus puissantes.
Nos fleurs primées pour leurs taux de terpènes exceptionnels, c’est le sol qui les a faites. Le soleil catalan a joué son rôle, évidemment. Nos gènes sont bons aussi. Mais sans ce sol noir, grouillant de vie, qu’on nourrit patiemment depuis des années, jamais nos fleurs n’auraient cette richesse.
Le sol vivant, ce n’est pas du marketing. C’est une différence réelle, mesurable, que vous sentez quand vous ouvrez un de nos pots.
Bienvenue dans l’agriculture régénérative. Bienvenue chez L’Or des Chanvriers.
